Le Brexit est-il précurseur des nouvelles crises qui frappent aujourd’hui l’Union européenne?

union
Image de Wikipédia

 L’organisation du référendum britannique a provoqué une détérioration de l’Union à 27 qui souffrait déjà d’une crise migratoire, économique et identitaire. Depuis, les tentations indépendantistes et régionales semblent se renforcer. En effet, les mouvements des séparatistes européens sont nombreux et ne sauraient se réduire à une unique revendication de particularismes culturels et identitaires. Ecosse, Vénétie, Lombardie, mais aussi Flandres, Voïvodine, Corse, îles Féroé, toutes ces régions semblent être touchées par cette vague d’indépendance accentuée par le Brexit, notamment à cause de la montée des partis nationalistes ou eurosceptiques. Certaines régions veulent s’extraire d’un Etat tout en conservant leur place au sein de l’Union Européenne tandis que d’autres souhaitent un affranchissement total. Compte tenu de la vague d’indépendance qui frappe aujourd’hui l’Europe, on peut se demander si le Brexit n’est pas précurseur de ces nouvelles crises indépendantistes qui touchent l’Union européenne.

La catalogne et l’Union européenne.

catalogne UE
Image de Toutuneurope.com

Dans certains cas la volonté d’indépendance ne s’arrête pas aux frontières nationales. Pour que celle-ci soit cohérente d’après ses partisans, il faut également s’affranchir du joug européen et donc quitter l’Union européenne. C’est notamment l’opinion que pourrait partager la Catalogne, si l’Union européenne maintient son opposition à propos de son adhésion au sein de l’UE. En effet, la Catalogne ne bénéficie pas automatiquement d’un statut officiel dans l’Union européenne si elle rompt politiquement avec l’Espagne, on parle alors de la Doctrine Prodi. Cependant l’Union européenne reste sur sa décision de ne pas venir en aide à la Catalogne, décision qui ne plaît pas du tout aux Catalans, à tel point que cela a engendré une montée de l’euroscepticisme. C’est en tout cas une idée qui n’a pas échappé à Carles Puigdemont, lors d’un meeting dans la capitale belge où il n’a pas hésité à qualifier l’Europe de “club décadent et obsolescent dirigé par un petit groupe lié à des intérêts économiques de plus en plus discutables”. Il a également ajouté que  l’UE n’est pas respectueuse des droits de l’Homme, notamment à cause des nombreuses violences policières qui ont eu lieu le jour du référendum sur l’autonomie. Tout ceci pourrait éventuellement mettre en place un référendum pour une adhésion ou non à l’Union européenne, si la commission européenne continue à ignorer la Catalogne. Cependant, un refus de l’adhésion de la Catalogne en tant que membre de l’UE pourrait avoir de lourdes conséquences. Par exemple, le fait qu’elle soit entravée par une Espagne rancunière, sans union douanière et sans adhésion au marché unique, pourrait déclencher une probablement inflation comme celle du Royaume-Uni. La Catalogne risquerait alors de devenir une enclave, voire un paradis fiscal. Il est vrai que le référendum britannique a accentué l’envie d’une indépendance catalane, mais la Catalogne n’est pas un cas isolé puisque l’Italie se retrouve aujourd’hui dans le même cas que l’Espagne.

Si le parallèle avec la situation espagnole est tentant, le contexte, les modalités et les enjeux de ces deux consultations offrent en réalité le parfait contre-exemple du référendum du nord de l’Italie.

ligue du nord
Image de Franceinfo

En effet, le référendum catalan n’était pas basé sur les mêmes modalités que celui de l’Italie du Nord (sur l’indépendance de la Padanie, une région imaginaire autour du fleuve Pô). Ce vote s’inscrit dans le cadre de la Constitution, qui prévoit la possibilité pour le Parlement d’attribuer des formes d’autonomie aux deux régions italiennes. Cependant à cause des propos tenus par la Ligue du Nord, on pourrait s’attendre à beaucoup plus qu’une simple autonomie. D’abord parce que le parti italien décrit comme populiste voire xénophobe pourrait effectivement se ranger vers une politique indépendantiste, qui exclurait son intégration dans l’UE. Depuis quelques années, son président, Matteo Salvini, tente de nationaliser le mouvement en mettant sous le boisseau ses revendications régionalistes pour en faire un grand parti populiste (anti-euro, anti-immigration, anti-austérité et contre une Europe bureaucratique) sur le modèle du Front National. Il faut aussi souligner que la Vénétie et la Lombardie sont des régions très dynamiques en Italie au même titre que la Catalogne en Espagne. Elles produisent à elles seules 30 % du PIB du pays et se voient depuis quelques années diviser l’Italie, de manière à avoir une Italie du Nord très dynamique et une Italie du Sud beaucoup plus pauvre.

Ainsi nous pouvons dire que la Catalogne, la Vénétie et la Lombardie subissent actuellement une montée de l’euroscepticisme, mais pour des raisons divergentes. Ces régions européennes ne se projettent plus dans l’Union Européenne à cause de sa politique qualifiée de bureaucratique. Cependant, on retrouve en Italie une réelle ressemblance avec la Grande-Bretagne, car on y souhaite une Europe moins fédérale et qui adopterait une politique plus stricte sur l’immigration.

 

Certains pays, malgré leur farouche volonté d’indépendance, désirent tout de même rester ou continuer d’appartenir à l’Union Européenne.

ecosse EU
Image de greanscotland.com

C’est le cas de l’Ecosse, qui s’est vue sortir de l’Union européenne suite au référendum de juin 2016, malgré le fait qu’elle souhaite son maintien dans l’UE. Maintenant que la division entre la Grande-Bretagne et l’UE est actée, la question de l’indépendance de l’Ecosse est remise sur la table. En effet, la première ministre écossaise Nicola Sturgeon réclame un second référendum pour l’indépendance de l’Ecosse prévu pour l’été 2018 ou le printemps 2019. Les raisons pour lesquelles l’Ecosse craint une sortie de l’Union sont multiples et complexes. Sur le plan économique écossais, le maintien d’une relation solide avec l’UE à 27 reste primordiale, car l’exclusion de celle-ci du marché unique et de l’accord de libre-échange selon l’OMC engendrerait une diminution du PIB par habitant dans le pays. Ensuite sur le plan migratoire, l’Ecosse voit en l’Union européenne une manière d’inverser le déclin de population auquel elle fait face. Une main-d’oeuvre venue de l’Europe contribuerait au fonctionnement des services en son sein. Néanmoins l’incertitude d’une économie écossaise viable plane, puisque même au sein du Royaume-Uni dont la croissance frôlait les 2% en 2016, l’Ecosse obtient toujours une croissance nulle. De plus le cours pétrolier s’étant effondré, le nouvel Etat ne pourrait plus s’appuyer sur les recettes fiscales de la Grande-Bretagne alors que la majorité des échanges qu’effectue l’Ecosse se font au sein de Royaume-Uni. A partir de là, nous pouvons dire que le Brexit qui était essentiellement basé sur de fausses prévisions (notamment de nombreuses figures pro-Brexit tel que Boris Johnson, l’actuel ministre des Affaires étrangères, et de Nigel Farage, le leader du UKIP, un parti proche de l’extrême droite), qui visaient surtout à dissuader la population de faire partie de l’UE grâce à des arguments économiques et migratoires centrés surtout sur l’Angleterre et moins sur ces voisins. Du moins l’hypothèse d’une Ecosse qui reste au sein du Royaume-Uni, tout en conservant des liens étroits avec l’Union resterait envisageable mais pas sans conséquences.

Toujours du côté du Royaume-Uni, l’Irlande du Nord, qui avait aussi voté pour un maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union, voit la réouverture du débat sur la réunification de l’Irlande.

Irlande du nord
Image de Voxeurope.com

L’une des principales problématiques des dernières négociations entre la commission européenne et la Grande-Bretagne restait la frontière irlandaise. En effet, la mise en place d’une frontière stricte entre les deux Irlande pourrait raviver les tensions d’autrefois. Auparavant, l’Irlande et le Royaume-Uni ne formaient qu’un, mais suite à un long conflit (entre 1921 et 1998) opposant les deux communautés, la partie majoritairement catholique a pris son indépendance. En Irlande du Nord, un accord a pris forme plusieurs années plus tard grâce au gouvernement régional d’Union, réunissant la majorité protestante et la minorité catholique. L’hypothèse d’un retour des tensions est plausible. Pour éviter cela, certains évoquent la possibilité d’une réunification. Ainsi, le vice-premier ministre nord irlandais Martin McGuinness (Sinn Fein) souhaite un référendum sur cette réunification. Pour lui, la démographie de la population catholique va dépasser celle de la population protestante en Irlande du Nord et faire basculer l’opinion publique en faveur de l’unification. De plus, si le Sinn Fein a toujours critiqué les politiques d’austérité de l’UE, il n’a jamais remis en question la participation de l’Ulster à l’UE.

On peut donc dire que, suite au Brexit, certains espaces du Royaume-Uni ont du mal à se projeter dans un futur commun hors de l’Union Européenne.

 

Nous pouvons donc dire que le Brexit n’a pas rendu les régions plus eurosceptiques qu’elles ne l’étaient à la base mais a plutôt poussé à l’expression de l’indépendantisme dans les régions où celui-ci préexistait, notamment dans des espaces particulièrement soumis à des inégalités économiques et à des tensions identitaires et culturelles. C’est le cas de la Catalogne pour l’Espagne, ou celui de la Vénétie et de la Lombardie pour l’Italie. Au sein même du Royaume Uni, le Brexit continue de diviser les différents espaces concernés. On voit la montée des partis extrémistes depuis 2014, qui se nourrissent du rejet de l’Union Européenne : l’UE est-elle finalement au bord de l’implosion ?

 

 

 

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